le(s) passage(s)

IV.58

dès son réveil Charlotte sent que ça ne va pas, qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, aussitôt son ordi lui apprend que Darsan et l’astronef ont disparu,
«quoi?» s’écrit-elle, en sautant au bas de son matelas,
elle se précipite vers le motocycle, active l’interface de Darsan, rien, là où le visage de Darsan apparaissait il n’y a plus qu’un espace vide, elle essaie de contacter l’astronef. elle regarde le ciel, l’astronef devrait apparaître comme une lueur dans le ciel matinal, sa coque devrait réfléter la lumière du soleil levant, rien,
elle panique, elle farfouille les commandes, triture son ordi, active et réactive les commandes, sonde aussi loin qu’elle peut dans toutes les directions, essaie de comprendre ce qui se passe, aucun résultat,
au bout d’un quart d’heure de vaines tentatives elle se laisse choir sur le sol, découragée, désemparée, se relève aussitôt et va s’assoir sur son matelas,
«bon, essayons de garder notre calme,» se dit-elle, «réfléchissons,»
elle interroge son ordi, il n’en sait pas plus qu’elle, tout ce qu’il peut lui révéler c’est qu’à un moment donné durant la nuit il était connecté avec l’astronef et avec le gestionnaire de l’interface de Darsan dans la matrice du motocycle, et l’instant d’après il ne l’était plus, comme si l’un et l’autre n’avait jamais été,
c’est pour ça que je me suis réveillée avec une drôle d’impression, pense-t-elle, t’aurais pu m’avertir quand c’est arrivé, t’as aucune idée comment les connexions ont été coupées? non, l’ordi n’en a aucune idée, ses circuits signalaient les connexions, puis ne les signalaient plus,
«qu’est-ce que je vais faire maintenant?» dit-elle à haute voix, «enfant métamorphe, c’est quoi qui a fait ça? Elina?»
elle regarde autour d’elle, le ruisseau gargouille, la forêt est bruyante, mais Charlotte se sent tellement seule, tellement abandonnée qu’elle a une impression de paralysie, comme si elle était irrémédiablement dénuée de tous ses moyens, sans recours aucun, la pensée que l’astronef a disparu pour de bon, qu’elle ne pourra plus jamais quitter cette planète, qu’elle y est prisonnière pour le restant de sa vie la frappe comme un coup de poing au coeur, elle sent la panique monter en elle encore une fois, grimper le long de son dos comme de froides tentacules, elle doit retourner vers la plage le plus vite possible, l’astronef doit certainement s’y trouver, ou peut-être est-il en survol stationnaire quelque part entre ici et la plage, et pourquoi pas plus loin devant, vers les montagnes? peut-être qu’il a été transporté dans cette direction? pourquoi? par qui? comment? et pourquoi avoir coupé la connexion?
elle se ressaisit, il n’y a que deux courses à suivre, retourner sur ses pas ou continuer vers les montagnes, et bien entendu, se dit-elle, cynique, la clé du mystère se trouve devant, pas derrière,
«que j’aime pas ça!» marmonne-t-elle, puis, haussant la voix en crescendo, «que j’aime pas ça! que j’aime donc pas ça!»
elle respire profondément, quitte fait un brin de toilette, mange, boit, ramasse ses affaires, désactive l’abri, elle a le front soucieux, l’esprit traversé par des pensées sombres, elle s’installe sur le motocycle, regarde le ciel encore une fois, au cas où, regarde autour d’elle, c’est une belle matinée, mais elle n’en a que faire, si au moins Elina ou Fanta daignait se montrer, pense-t-elle, pour m’expliquer, et, à la fois déterminée et confuse, elle s’engage sur le sentier le long du ruisseau,
elle avance vite, plus tôt elle arrivera au bout de ce satané sentier, plus tôt elle percera l’énigme de tous ces événements insolites,
elle ne voit pas le temps passer et elle se rend compte qu’elle a filé pendant des heures sans rien voir, comme dans un état second, inattentive à ce qui l’entoure, absorbée par ses pensées, accaparée toute entière par ses émotions,
elle s’arrête, le sentier qui longeait le ruisseau bifurque maintenant dans la forêt, une forêt épaisse, sombre, qui ne laisse filtrer qu’une lumière tamisée,
elle pense qu’elle a faim, son ordi lui apprend que son métabolisme aiguisé par l’état d’excitation mentale dans lequel elle est plongée a assimilé un volume de pommes plus important que d’ordinaire, elle est nourrie, mais elle a ce creux dans l’estomac, est-ce de la faim? est-ce de l’anxiété? elle croque dans une barre nutritive, non, elle n’a pas vraiment faim, elle boit de longues gorgées d’eau, alors là elle avait soif,
elle reste assise, immobile, sur son motocycle, le regard perdu dans l’ombre caverneuse de la forêt, elle consulte ses cartes et constate avec surprise et soulagement qu’elle n’a qu’une dizaine de kilomètres à parcourir pour se retrouver de l’autre côté, au pied des montagnes? pourtant leurs cimes paraissent encore si distantes,
«des montagnes mirages,» murmure-t-elle, «ça doit être ça, c’est des montagnes mirages, elles sont là et elles sont pas là, c’est ce qu’Elina disait, Elina?» appelle-t-elle à voix haute, «Elina?»
elle ne s’engage pas tout de suite dans la forêt, elle qui a filé le long du ruisseau sans vraiment y prêter attention hésite maintenant à le laisser derrière, son gargouillement qu’elle a entendu sans l’écouter et qu’elle écoute maintenant avec attention lui semble soudain si rassurant,
«allons, Charlotte,» dit-elle, en jetant un coup d’oeil sur l’espace vide de l’interface de Darsan,«du courage,»
elle se décide, non sans avoir demandé à son ordi de lui jouer en sourdine le chant du ruisseau, redémarre et s’enfonce dans la forêt, le chant du ruisseau enregistré par l’ordi joue doucement en arrière-fond dans sa tête,
elle file moins vite que plus tôt, accélère, ralentit, accélère à nouveau, c’est qu’elle a hâte d’arriver à l’autre bout, la forêt lui est plus déplaisante que jamais, elle est glauque tellement le jour la pénètre difficilement, chaque rayon de lumière franche qui réussit à la transpercer est comme un rayon de vie et d’espoir dans cette épaisseur verdâtre,
pourtant, pense-t-elle, pour s’encourager, pour dissiper le malaise qui ne la quitte pas, je suis née d’une plante, ma peau est verte, ben, pas verte foncée, verte translucide, j’ai grandi dans la forêt de Valence, on pourrait dire que je suis en terrain familier ici, oui, on pourrait le dire, pis j’ai un arbre sur ma peau, mais ça change rien, c’est pas ma forêt à moi, pis ses arbres sont trop rapprochés, leurs branches sont trop feuillues, leur cime est trop dense, et c’est pas sain,
elle en est là dans ses cogitations quand elle débouche brusquement sur un terrain rocheux qui s’étend sur toute la distance de chaque côté, elle stoppe, devant, à près d’un kilomètre, le pied des montagnes, elles s’élèvent majestueusement dans une sorte de réverbération trouble comme si elles étaient recouvertes d’une fine pellicule de cellulose, la forêt s’étire derrière sur toute la longueur du terrain rocailleux comme un rideau,
ça c’est bizarre, se dit-elle, on dirait deux biosphères collées l’une contre l’autre sans relation entre elles,
puis elle se rappelle de deux phénomènes,
un, les X sur la carte virtuelle, c’est à partir d’ici, les X qui sont partout et nulle part à la fois, elle vérifie sur la carte,
«ah ben ça alors!» s’écrie-t-elle, «y a plus de x, ils ont disparu!»
elle manipule les réglages, tout y est, la forêt qui s’arrête net, le terrain rocailleux, elle a pas fait attention, elle aurait dû le voir venir, mais c’est pas important, puis les montagnes, rien de spécial, mais pas de x, aucun, nulle part,
deux, les loups, les mâles qui rôdent de côté-ci de l’île, plus loin vers l’est, c’est en tout cas les données récoltées sur leur habitat et sur leurs mouvements, données incomplètes, c’est un fait, elle lance des coups de sonde à droite, à gauche, pas de loup dans les parages,
elle balaie les montagnes, retrouvera-t-elle l’enfant métamorphe à leur pied? devra-t-elle les franchir? comment? le motocycle peut à peine graviter au-dessus des arbres, ou l’attend-elle dans une caverne? elle frissonne, elle n’aime pas les cavernes,
elle arrête le balayage, la sonde a détecté un passage, une gorge qui s’enfonce entre deux murs de roche,
«bon,» dit-elle, les dents serrées, «c’est par là ou c’est nulle part,»
elle part à pleine vitesse en direction du passage, de biais sur sa gauche, s’éloignant des loups à l’est, le vent sur elle lui fait du bien, elle ferme les yeux quelques secondes pour en savourer l’effet, elle se rend compte que le gargouillement du ruisseau joue toujours en sourdine, elle l’éteint,
elle a parcouru plus de la moitié de la distance quand la réverbération sur les montagnes se différencie graduellement en buissons d’arbustes translucides agrippés aux flancs rocheux comme de la vitre organique,
elle arrive à la gorge, elle est large, au sol inégal, elle laisse encore entrer beaucoup de lumière dans ses murs évasés en haut, mais en bas elle est dans l’ombre, elle bifurque au loin, Charlotte s’y engage,
pas de temps à perdre, pense-t-elle, on est rendu en fin d’après-midi et je passe pas dans ça dans le noir, pas question,
elle voudrait aller plus vite, mais c’est plein de blocs de roches qu’elle doit survoler ou contourner, elle les voit venir, le passage serpente en lacets paresseux, quand même, elle fait attention, une volée d’oiseaux colorés la fait sursauter, ils ne sont pas plus gros que son pouce, ils pépient, ils sont turbulents, ils volettent entre les branches verticales d’un buisson translucide, bientôt ils sont derrière elle et bientôt elle renifle une odeur marine, une sensation de soulagement l’envahit,
enfin elle arrive au bout, le passage ouvre sur une plage étroite de sable et de petites roches, Charlotte s’arrête, elle hume avec contentement l’air salé de l’océan, cettte immense étendue qui ondule jusqu’à l’horizon lui fait l’effet d’une délivrance, et, alors qu’elle inspecte la plage du regard, son coeur rate un battement,
«Elina?» dit-elle, la voix enrouée, «Elina!» lance-t-elle à voie haute, «oui! c’est toi!»
la fillette l’attend assise sur une grosse roche, les pieds dans l’eau, elle a l’air de rêvasser, un petit sourire aux lèvres,
«bonjour Elina,» dit Charlotte, en arrêtant son motocycle à quelques pas de la fillette, «comme je suis contente de te revoir,»
son ordi a tout de suite activé les modules de traduction, Elina lance un bref coup d’oeil sur celui qui s’immobilise près de son oreille gauche,
«bonjour Charlotte,» dit-elle, «on t’attendait,»
«qui ça, on?» demande Charlotte,
«Elina et pas-Elina,»
«ouais, bien sûr, j’aurais dû y penser, ben, je veux dire, Elina, pas Elina,» elle regarde alentour, le soleil est descendu derrière les montagnes, qui jettent une ombre compacte sur la plage étroite, «qu’est-ce qu’on fait ici, Elina?» reprend-elle, «où est l’astronef? où est Darsan? tu avais dit qu’il est là-bas, dans les montagnes, ben, je les ai traversées, les montagnes, alors quoi maintenant?»
Elina ne répond pas tout de suite, elle fait aller ses pieds dans l’eau, puis, mettant son doigt sous son menton, les sourcils froncés, comme si elle réfléchissait,
«t’as emporté ta tente incomplète?» demande-t-elle en relevant la tête,
«mon abri?» dit Charlotte, «ben oui, il est là, dans le tube,»
«tu devras passer la nuit ici,» dit Elina,
«comment ça, passer la nuit ici!» s’exclame Charlotte, «pourquoi?»
«j’ai soif,» dit Elina,
«tu veux de l’eau?» dit Charlotte, «attends,»
elle tire une bouteille de l’espace de rangement, se rapproche d’Elina et lui tend la bouteille, la fillette n’accuse aucun mouvement de recul, elle touche même les doigts de Charlotte en prenant la bouteille,
«t’es moins farouche que l’autre nuit,» dit Charlotte,
Elina boit à grandes gorgées, se rend compte qu’elle est en train de vider la bouteille, Charlotte lui signifie d’un geste de la main qu’elle peut la finir,
«j’en ai d’autres,» lui dit-elle,
Elina avale les dernières gouttes d’eau et remet la bouteille à Charlotte,
«y a pas d’eau ici?» demande celle-ci, en rangeant la bouteille, «ben, je veux dire, de l’eau potable?»
«oui,» se contente de répondre Elina, «je dois partir maintenant,»
elle quitte la roche sur laquelle elle était assise, avance de quelques pas sur le sol rocailleux de la plage, met ses mains en porte-voix et lance le même appel que l’autre nuit,
«comment ça, tu dois partir?» dit Charlotte, «pourquoi tu veux pas rester? on pourrait parler, juste parler, je suis tellement seule ici, tiens, tu veux rester pour un goûter? on pourrait manger des fruits, il m’en reste trois ou autre, je les ai cueillis dans la forêt, ils sont délicieux, on croquerait dedans en essuyant le jus qui nous coulerait sur le menton, on ferait de la musique comme l’autre nuit, pis on parlerait de n’importe quoi comme deux amies, allez, dis oui,»
mais Elina ne l’écoute pas, un oiseau à l’allure de chauve-souris, le même peut-être, et qui a l’air de venir des montagnes, se pose au sol, Elina grimpe sur son dos et s’envole,
«c’est pas juste,» murmure Charlotte, «c’est pas juste!» crie-t-elle ensuite à Elina qui disparaît dans la pénombre à cheval sur sa bête, «non, c’est pas juste,» murmure-t-elle à nouveau,
elle reste plantée là, ne sachant plus quoi faire, la nuit tombe rapidement sur ce côté-ci de l’île, Charlotte se secoue, sort et allume sa lampe, déploie son abri, puis croque dans une barre nutritive assise sur son matelas, l’océan est calme, ses vagues lèchent les galets de la plage, les myriades d’étoiles s’allument dans le ciel profond,
le temps passe, les étoiles tournent, les vagues roulent, les cris intermittents des animaux percent la nuit,
Charlotte s’est étendue sur son matelas, le regard perdu dans l’immensité du ciel, et elle est envahie par une étrange impression d’affinité avec les étoiles, elle prête l’oreille à leur musique, ce n’est plus une cacophonie, les rythmes se synchronisent, les motifs s’accordent, les mélodies se conjuguent en choeur, et c’est une symphonie qu’elle entend, une symphonie comme elle n’en a jamais entendu, impétueuse, mystérieuse et chaleureuse, sa pensée s’élève et vogue sur ses pulsations astrales comme un astronef sur les marées de la Voie Lactée, elle se sent en harmonie avec le cosmos,
elle est en train de s’assoupir, bercée, enchantée, se demandant si Sand a déjà ressenti ça lui aussi, quand elle perçoit le bruit feutré de pieds nus, elle se relève d’un coup,
«Elina?» lance-t-elle,
ce n’est pas Elina, c’est l’enfant métamorphe aux cheveux blonds qui ont l’air d’un perruque, celui qu’elle a appelé Fanta, il est près de l’abri maintenant, qu’il examine de haut en bas, qu’il touche du bout des doigts, puis,
«tu me laisses entrer?» dit-il,
Charlotte fouille l’obscurité du regard, interroge son ordi, aucune trace d’oiseau chauve-souris,
«mais t’arrives d’où, toi?» demande-t-elle, en activant l’ouverture,
Fanta entre et va s’assoir sur la plateforme du motocycle après avoir déposé la lampe sur le sol, il doit s’y reprendre à deux fois pour l’équilibrer sur les galets,
«tu connais l’endroit,» remarque Charlotte, «c’est logique, après tout, t’es déjà venu ici en Elina, ou elle te l’a décrit si t’es pas-Elina, pis ça, mon bonhomme, Elina, pas-Elina, va falloir me l’expliquer,» elle pointe du doigt sur la chevelure blonde, «c’est une perruque?»
«oui,» dit-il, puis, montrant les modules de traduction, «c’est plus nécessaire, je parle ta langue maintenant,»
en effet, Charlotte vient tout juste de s’en rendre compte, les modules sont superflus, elle réintègre leur virtualité dans son ordi,
«tu trouves pas ça drôle, toi, cette perruque sur ta tête?» dit-elle, «moi je trouve que ça fait drôle, tu devrais l’enlever,»
«non,» dit Fanta,
«non?» s’exclame Charlotte, «et pourquoi non?»
«parce que ça fait drôle,» dit Fanta en souriant,
«ah bon,» dit Charlotte, puis, après un moment de silence, «qu’est-ce que tu veux? qu’est-ce que vous voulez, Elina et toi? qu’est-ce que je fais ici, moi? à quoi ça rime, tout ça? pis c’est quoi ton nom? je peux quand même pas t’appeler pas-Elina, c’est quoi?, c’est Fanta?»
«Fanta, ça me va,» dit-il, en soulevant la main comme pour signifier à Charlotte de garder le silence, «c’est un beau nom, Charlotte, j’aurais aimé m’appeler Charlotte, même si je suis un garçon, mais je suis pas toujours un garçon, tu veux me suivre à l’aube de l’autre côté?»
«te suivre?» demande Charlotte, «te suivre où? de l’autre côté de quoi?»
«je reviendrai à l’aube,» reprend Fanta, «je jouerai de la musique pour te réveiller et je te guiderai de l’autre côté,»
«sur ton chromaphone?» dit-elle, «tu joueras de la musique sur ton chromaphone? c’est un passage, le chromaphone, c’est ça? je me souviens que tu l’avais réduit en une tige de lumière, pis t’es entré dedans,»
«le chromaphone, oui,» dit Fanta, «c’est un beau nom, le chromaphone, je vais l’appeler comme ça maintenant, moi je l’appelais le portail, mais chromaphone c’est mieux, tu emporteras tes flûtes aussi,»
«Elina a joué sur une de mes flûtes,» dit Charlotte, «tu veux en jouer toi aussi?»
«non,» dit Fanta, en se levant, «à l’aube,»
il quitte l’abri sans un mot de plus, s’éloigne lentement sur plage en faisant attention pour ne pas se blesser les pieds sur les roches, Charlotte va le perdre de vue dans la noirceur quand le chromaphone se matérialise en tige de lumière devant lui, qu’il ne déplie pas, il l’allonge et l’écarte des deux mains comme il l’avait fait auparavant et s’y glisse de côté, une jambe d’abord, puis l’autre, la lumière s’éteint,
ah bon, pense Charlotte, Elina s’envole sur un oiseau, lui, il traverse un portail,

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