en route pour la station Loba

I.16

Charlotte et Selsie avaient profité de leur séjour sur NOR-4 pour visiter la planète, Charlotte expliquait à Selsie que les agglomérations avaient toutes été édifiées selon un même plan, une rue centrale et des quartiers reliés par des avenues en boucles de part et d’autre, à part des variations architecturales elles se ressemblaient toutes,
«y z’auraient pu se forcer, quand même,» dit Selsie,
«oui, y z’auraient pu, mais ils l’ont pas fait,» dit Charlotte,
et comme monsieur Lafarti l’avait affirmé, elles se vidaient, des quartiers complets avaient été désertés, Bok, qu’elles visitèrent à quelques reprises chez son amie, leur apprit que plus d’un citoyen l’avait approché pour réserver les services de son astrocab, requête à laquelle il ne pouvait donner suite, retenu qu’il était par Ono Bay,
monsieur Lafarti avait raison, c’était triste, mais plus que par l’exode de la population Charlotte et Selsie furent choquées par l’opinion des gens sur les causes de cet exode, pour plusieurs les mères étaient responsables du Mur, ce qu’Aline avait dit à Charlotte la veille de son départ de la biosfère, plus précisément on reportait la faute sur Ono Bay et Ida LaGross, on n’était pas loin de penser que le Mur était la manifestation d’un combat qu’elles se livraient pour la domination du lieu arcadien,
«mais ça n’a aucun sens,» objectait Charlotte, «à quoi ça servirait si c’est pour régner sur une région dévastée de la Voie Lactée? vous dites n’importe quoi, puis d’ailleurs les mères terrestres les laisseraient pas faire,»
et cette idée d’envoyer une enfant dans le lieu exo! quelle inconscience de la mère Bay! sans parler de l’enfant métamorphe, comme idée farfelue on pouvait pas faire mieux,
le ton n’était pas agressif, même qu’on plaignait Charlotte d’être ainsi manipulée par sa mère, Charlotte haussait les épaules, mais n’en ressentait pas moins une certaine gêne, c’était comme une rumeur qui circulait dans les agglomérations et qui la mettait mal à l’aise, tous cependant ne partageaient pas ces sentiments, pour plusieurs le Mur relevait d’un phénomène cosmologique inconnu, d’autres prétendaient qu’on avait affaire à une intelligence alien, par contre un certain nombre avait confiance en la mère Bay et souhaitait bonne chance à Charlotte,
«ta mère sait ce qu’elle fait,» lui dit une dame, «et je ne doute pas un instant que le matriarcat va nous sauver,»
malgré les paroles d’encouragement c’est une Charlotte confuse qui entreprit le transit vers la station Loba, les trois fureteurs accompagnaient l’astrocab en déplacement parallèle,
une multitude de questions lui martelait l’esprit et, avec Béatrice et Selsie, elle chercha des éléments de réponse en consultant la capsule des réflexions d’Aline, il s’agissait d’un enregistrement holographique,
tout était relié à la Vieille Histoire, expliquait l’hologramme d’Aline, un événement dans la Vieille Histoire, un phénomène situé dans le passé dont elle ignorait la nature, se répercutait dans la période actuelle sous la forme du Mur, c’était comme si une boucle temporelle enchaînait les deux périodes l’une à l’autre, un jour, continuait l’hologramme, Aline avait été témoin d’un bref échange entre la mère Longshadow et la mère Bay dans la tour, c’était avant la naissance de Charlotte, Béatrice n’avait que huit ans, l’échange s’était déroulé comme suit :
mère Longshadow : il nous faut réinventer l’enfant d’hier,
mère Bay : c’est le seul moyen?
mère Longshadow : le poison qui coule dans nos veines doit être extirpé,
mère Bay : en sommes-nous si sûres? dans ce cas l’enfant d’aujourd’hui devra être l’antidote, mon enfant, nous sommes décidées? la manipulation aura lieu?
mère Longshadow : elle aura lieu,
mère Bay : et nous ne savons toujours pas sous quelle forme elle se manifestera?
mère Longshadow : nous ne le savons toujours pas, LaGross a avancé une hypothèse intéressante, tu la contacteras,
mère Bay : soit, mettons-nous au travail,

Aline avait compris que ces veines dans lesquelles coulait le poison, c’étaient celles du genre humain, connaissant les mères il s’agissait sûrement d’une métaphore, et ce « nous » qu’elles utilisaient se rapportait à elles-mêmes, il désignait le matriarcat, c’était sur la base de cet échange qu’Aline entretenait la notion que les mères étaient responsables du Mur ou, si elles n’en étaient pas directement la cause, qu’elles en étaient les facilitatrices, mais dans quel but? quelle était la visée ultime d’une telle manipulation du réel?
«c’est pas mal entortillé tout ça,» dit Béatrice,
«c’est moi l’enfant?» s’exclama Charlotte, «je suis un antidote? en plus d’être un dé?»
«ou c’est Dorothée,» dit Selsie, «toi t’es le dé, Dorothée est l’antidote,»
«j’y comprends rien,» dit Charlotte, «rien de rien,»
l’enregistrement n’était pas terminé, mais elle avait désactivé la capsule, ça suffisait pour le moment, c’était trop compliqué, elle y reviendrait une autre fois, et quoi de plus approprié que la chanson I Am The Walrus des Beatles pour illustrer le caractère hermétique de toute l’affaire,
une belle surprise l’attendait à mi-chemin du transit, une communication holographique dans les bois avec l’ourse Stella supervisée par la mère Bay, Stella remuait la tête en lâchant des grognements de plaisir, Charlotte riait, elles placotèrent un bout à leur façon, puis, alors que Stella disparaissait derrière les arbres, la mère Bay mit fin à la communication en disant que la mémoire est une construction et l’avenir, un édifice improbable,
«et le présent, lui, c’est quoi?» dit Charlotte, «le probable, peut-être?»
«oui,» dit la mère Bay, «aie confiance, ma chérie, je ne t’abandonne pas,»
«okay, maman,»
à chacune des haltes, il y en avait trois entre NOR-4 et la station Loba, Aline retransmettait des virtuels de Dorothée, la brindille de son oranger grimpait déjà sur sa cheville potelée, elle avait des grands yeux d’un vert amande et sa peau ne s’éclaircissait pas aussi rapidement qu’Aline l’avait déclaré, à sa grande surprise d’ailleurs, Dorothée resterait plus verte que ses trois soeurs, fallait croire, un autre mystère!
les filles ne passaient pas tout leur temps à se triturer les méninges, le transit durait près de trois semaines, il fallait bien se tenir occupé, et elles n’étaient pas à cours d’idées, et Bok n’était jamais à cours d’histoires à raconter,

4 réponses à en route pour la station Loba

  1. catse dit :

    ben non le lien n’ est pas …

    comment penses tu qu’ils écriront dans le futur …? d’ailleurs sans doute il n’y aura plus d’écrit ! que du visuel , c’est plus facile ça demande moins d’effort .Charlotte ne lit qu’une sorte de Wikipedia interplanétaire non ?

    • Jean dit :

      si tu parles du lien pour les chansons des Beatles, c’est dans l’annexe,
      j’ai aucune idée comment ils écriront dans le futur, si même ils écriront, peut-être une écriture qui amalgame l’alphabet, des idéogrammes et des éléments picturaux,
      ce que je veux essayer, tout au moins dans le récit de Charlotte, c’est de créer, par des effets de mise en page qui brise l’écriture strictement de gauche à droite, une visualisation de la communication multi-dimensionnelle,
      par exemple : les hyperliens (ce que je n’ai fait encore que dans l’annexe); une page où une partie du récit (je dis bien une partie, pas le tout) est située à gauche (ou à droite) et de l’information se rapportant directement aux personnages (ce qu’ils pensent …) à droite (ou à gauche); l’insertion d’images, de lignes de code informatique, etc.;
      créer en quelque sorte des effets spéciaux (un peu comme au cinéma), mais dans l’écrit et de façon à produire une visualisation d’un monde futur,
      j’ai aucune idée comment je vais m’y prendre, j’y réfléchis big time et j’ai bon espoir qu’en m’enfonçant dans l’inconnu avec Charlotte ça va prendre forme, justement à cause de cet inconnu,
      si je pouvais j’écrirais en trois dimensions , m’a t’ dire

  2. catse dit :

    ah oui les Majuscules font un choc , ou plutôt le manque ! on à l’impression que la phrase continue mais non . On va s’y faire ….
    les virgules : je ne vois vraiment pas ce qui te hérisse dans le fait de mettre un point à la place d’une virgule ,au fond ce n’est qu’un signe . Je sens que tu vas me dire …oui un signe , mais conventionnel ! et le conventionnel je m’assois dessus 😉

    je suis comme Charlotte c’est compliqué tes métaphores …. va falloir nous le dire plus simple à un moment donné

    un petit lien pour la chanson des Beatles (Lennon avait un peu trop tiré sur le pet ah ah) ?
    je n’ose demander un lien pour les traductions, pour ceux qui comme moi ont du mal avec l’anglais ,que tu peux trouver sur le site « lacoccinelle.net » ou d’autres

    • Jean dit :

      voilà, j’ai mis les liens sur les tounes des Beatles, peux pas dire combien de temps ils resteront actifs, UK MGM s’amuse à les désactiver,
      c’est complexe, si tu veux, Charlotte, mais ça s’expliquera en chemin, patience, d’ailleurs j’insérerai en cours de route des épisodes récapitulatifs, autant pour mes lecteurs et lectrices que pour Charlotte elle-même, qui pour le moment a bien de la misère à s’y retrouver, la pauvre,
      les minuscules, ben oui, je renvoie à l’entrée le retour des virgules sur le journal d’un miroir pour des explications (plus ou moins tordues),
      c’est aussi que je veux ouvrir ce style vers une écriture et une mise en page plus science-fictive, qui reflète mieux l’univers de Charlotte, et partant le nôtre qui se dévergonde dans l’internet, je sais pas si je vais y arriver, j’ai des idées, s’agit de parvenir à les réaliser,

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *