l’astronef de Darsan

I.17

dès leur arrivée au spatioport de la station, Charlotte se mit en tête d’aller voir l’astronef de Sand Darsan.
«ah, dis donc, toi,» maugréa Selsie,
«s’il est ici, Darsan,» dit Charlotte, «à la station, je veux dire,»
elle connecta son ordi aux renseignements, Darsan était bien sur la planète, puis elle activa un plan holographique du spatioport, l’étudia quelques instants, pointa du doigt,
«c’est par là, niveau 3, aile 7, allez, viens,» elle se tourna vers Béatrice, «tu viens toi aussi?»
non, ça ne l’intéressait pas vraiment, elle allait descendre tout de suite sur la planète avec Bok, les filles n’auraient qu’à venir la rejoindre au centre administratif,
«étrange,» dit Charlotte, alors qu’elle et Selsie s’engageaient dans les couloirs en direction de l’aile 7,
«étrange quoi? » demanda Selsie,
«c’est étrange que ça l’intéresse pas, Béatrice, l’astronef,»
«je vois pas ce qu’il y a d’étrange là-dedans,» dit Selsie, «ça m’intéresse pas particulièrement moi non plus,»
«alors pourquoi tu m’accompagnes?»
«parce que ça t’intéresse toi et que je suis ton amie, ça te va comme raison? »
«oui, ça me va,» dit Charlotte, avec un petit sourire, «t’es bien gentille,»
«mais je comprends quand même pas pourquoi tu tiens à le voir maintenant, tout de suite, là,» dit Selsie, «c’est pas comme t’auras pas l’occasion de le voir sous toutes les coutures,»
«si je décide de partir avec Darsan,» dit Charlotte,
Selsie stoppa net en empoignant le bras de Charlotte,
«tu pars ou tu pars pas?» lui demanda-t-elle, «t’es plus sûre?»
«oui, je suis sûre,» répondit Charlotte, «c’est pas ce que je voulais dire, c’est juste que…»
«quoi?»
«rien,»
elle voulut se remettre en marche, mais Selsie la retint,
«c’est juste que quoi? »
Charlotte ne répondit pas, Selsie la prit par les épaules comme si elle voulait la brasser,
«c’est juste que quoi, Charlotte?» redemanda-t-elle,
«c’est juste que…, ben, je t’en ai déjà parlé, c’est juste que j’ai peur,»
«j’aurais peur moi aussi,»
elles se remirent en marche,
«c’est pas juste ça,» reprit Charlotte, «c’est pas l’exotrip qui me fait peur, pas vraiment, pas même ce qu’il y a au bout, un enfant métamorphe, un phénomène galactique, un alien, ou n’importe quoi d’autre, non, ce qui me tracasse c’est la manipulation des mères, particulièrement le rôle qu’y joue la mienne et partant le rôle que j’y joue, moi, c’est complexe, c’est ésotérique, c’est sibyllin, c’est comme si j’étais prise dans un labyrinthe de…» elle chercha ses mots, «un labyrinthe conceptuel, tiens, un labyrinthe d’idées,»
«je sais bien,» fit Selsie, «peur de pas tout comprendre, ou de pas être à la hauteur peut-être?»
«ouais, tu te rappelles ce qu’Aline m’a dit à propos des mères? qu’elles ont trop de pouvoir et que c’est malsain?»
Selsie s’en rappelait, c’était pas la première fois que Charlotte revenait sur le sujet, ni qu’elle lui confiait ses appréhensions, mais elles arrivaient à l’aile 7, un androïde-gardien les stoppa à l’entrée,
«et vous allez où comme ça, mesdemoiselles?» leur demanda-t-il,
«ma copine s’est mise dans la tête de voir l’astronef de l’exotriper Sand Darsan,» dit Selsie, puis, s’adressant à Charlotte, «c’est pas comme tu l’as jamais vu,»
«en virtuel, jamais en réel,» répliqua Charlotte, «mais pourquoi tu bloques l’entrée? » demanda-t-elle à l’androïde-gardien,
«parce que,» se contenta-t-il de répondre,
«parce que, c’est tout ce que t’as à dire, ben, prends note de ceci, monsieur l’androïde-gardien, je m’appelle Charlotte Bay, fille d’Ono Bay, mère et maîtresse manipulatrice, alors tu nous laisses passer, oui?»
«fille d’Ono Bay ou pas,» dit l’androïde-gardien, «on ne passe pas, tu veux voir l’astronef de Sand Darsan, tu fais comme tout le monde et tu regardes par la baie vitrée,»
«ah ben ça alors!» fit Charlotte,
cinq astronefs étaient amarrés au quai, quatre astronefs d’arpenteurs et celui de Darsan, qui  se trouvait en bout de file comme de raison, Charlotte porta ses mains en visière de chaque côté de son visage et se colla contre la baie vitrée pour mieux voir, l’astronef avait l’air d’une libellule bleutée, mais sans les ailes, avec son habitacle arrondi et sa longue queue métallique, il reposait sur quatre trains d’atterrissage comme sur de minces pattes, les astronefs des arpenteurs ressemblaient à l’astrocab de Glass Bok, en plus étroit, avec une queue métallique comme celui de l’exotriper, mais plus courte,
Selsie s’était rapprochée, les mains en visière contre la baie vitrée elle aussi,
«c’est petit comme astronef,» dit-elle, «même ceux des arpenteurs sont pas gros comparés à l’astrocab de Bok,»
«y sont pas construits pour transporter des passagers,» dit Charlotte, «et celui de Darsan, regarde, comme il a de la classe! tu vois la queue, là? c’est un modulateur angulaire spécifique à ce type de vaisseaux et c’est ce qui fait toute la différence, tu sais pourquoi le vaisseau d’un exo on appelle ça un astronef et que tous les autres on les appelle des astrocabs, des astrobus ou des astrocargos? c’est parce que le vaisseau d’un exo, c’est la vraie affaire,»
«tu dis n’importe quoi,» rétorqua Selsie, «c’est pour les différencier, c’est relatif à leur fonction, tu le sais bien, pis le vaisseau d’un arpenteur ça s’appelle un astronef aussi, allez, viens,» ajouta-t-elle, en la tirant par le bras, «on nous attend en bas,»
mais Charlotte ne décollait pas de la baie vitrée,
«imagine, filer entre les étoiles dans une machine comme celle-là et transiter plus loin que n’importe quel autre humain, dans les docus on nous a montré l’intérieur de l’habitacle, pas celui-ci, mais c’est pareil, y a de la place que pour le pilote et au lieu d’avoir un tableau de bord plein d’écrans, ben, y a qu’un seul écran, le pilotage se fait entre l’exo, son ordi et sa machine, on appelle ça la triangulation psychocosmique, c’est un gros terme qui veut juste dire que le pilote fait un avec son astronef, il le dirige autant par la pensée que manuellement, tu comprends? c’est un lien mental entre l’humain et la machine, c’est fascinant, tu trouves pas?»
«si tu veux,» fit Selsie,
«et l’holosuite,» continua Charlotte, «ben, elle est réduite au strict essentiel, pour économiser les ressources,»
«tu risques de t’y ennuyer, non?» dit Selsie, «et quoi? faudra que tu la partages avec Darsan?»
«j’avais pas pensé à ça,» dit Charlotte, «bah! j’imagine qu’y aura moyen de s’organiser des coins privés,»
«bon, tu viens, là?» répéta Selsie, en tirant derechef Charlotte par le bras,
«oui, oui, je viens,»
elle se détacha de la baie vitrée,
«tu sais,» lança-t-elle à l’androïde-gardien avant de quitter les lieux avec Selsie, «t’aurais pu nous laisser passer, on l’aurait pas mangé, l’astronef, on l’aurait même pas touché,»
elles prirent le chemin du quai d’embarquement des navettes qui assuraient le trajet entre la spatioport et la planète, Selsie pointa du doigt dans la direction générale des plafonds,
«t’as pas remarqué quelque chose, toi?» dit-elle, «y a pas de fureteurs,»
Charlotte balaya le couloir du regard, pas un seul fureteur en vue, et nulle part ailleurs dans le spatioport, du moins dans les endroits qu’elles traversaient, à part les trois fureteurs qui les avaient accompagnées en parallèle depuis Arcade et qui avaient disparu de l’aire de stationnement de l’astrocab de Bok dès leur arrivée,
«je me demande où ils sont,» dit Charlotte, «les trois fureteurs,»
elle consulta les renseignements, les fureteurs s’étaient retirés sous un coin de plafond près de l’aile 7, elle les avait même pas remarqués! elle apprit en outre que cinq fureteurs étaient postés en permanence à la station, seulement cinq, elle convint avec Selsie, connectée aux renseignements elle aussi, que c’était peu considérant l’importance de la station Loba,
«y en sûrement beaucoup plus à la station Lak & Salvo,» dit Selsie,
«sans aucun doute,» dit Charlotte, «c’est la mère LaGross qui la supervise, alors, ici c’est qui?», elle se renseigna, «ah ben oui, Rini Loba, ça doit être elle qui restreint le nombre de fureteurs, ou peut-être que cinq c’est suffisant pour la mère LaGross, faudrait demander à madame Loba,»
elles arrivaient au quai d’embarquement, une navette à six passagers partait dans huit minutes, il restait trois places de libre, elles montèrent à bord,
non sans avoir au préalable jeté un regard par la baie d’observation sur la planète rocheuse au ciel marbré de nuages fauves qui abritait la station Loba,
«c’est une drôle de planète,» dit Selsie,
«la planète NOR-4-L,» dit Charlotte, «que c’est bête comme nom! c’est logique, mais c’est bête,»

9 réponses à l’astronef de Darsan

  1. catse dit :

    elles me paraissent bien adultes parfois ados (ou presque) dans leurs réflexions …. je ne parle pas des considérations techniques ça les mômes peuvent être calés quand ils se passionnent mais des réflexions ,attitudes entre elles
    peut être que dans ce lieu les jeunes sont mûres plutôt !

    • catse dit :

      rectification : tes ados

    • Jean dit :

      adultes, mes ados (enfin, presque des ados)? non, intelligentes, éveillées, libres de pensée et d’opinions, mieux adaptées à leur environnement social et affectif que nos ados à nous autres,
      elles ne sont pas meilleures que les ados d’aujourd’hui, mais elles grandissent dans un monde qui leur laisse une liberté et une marge de manoeuvre plus grandes, propices à un développement plus harmoniux et mieux équilibré de leur personnalité,
      cela dit, Charlotte et Selsie restent des jeunes personnes et réagissent en tant que telles, par exemple quand Charlotte, dans le prochain épisode (no. 18), tire la langue à l’androïde-gardien de l’aile 7,

  2. catse dit :

    Alors si en plus tu me distrais pendant que je lis cette page 😉
    non je connaissais pas aptik , j’avais essayé un autre mais finalement guère différent que la sauvegarde manuel de mon home .celui ci me parait fort intéressant en effet ! merci
    Remettre tout les logiciels et s’en souvenir (parfois ce sont des petits trucs utiles mais petits ) .reste à trouver un truc qui pourrait aussi réinstaller les logiciels qui ne peuvent s’installer qu’avec des lignes de commandes..mais bon je le teste après avoir lu cette page

  3. catse dit :

    arggggghh mais attends j’ai pas lu le 16 !!! ne me dis pas que 15 jours ont filé comme ça ! et en plus problème avec ma Mint , la je réinstalle et je lis la 16
    à bientôt

    • Jean dit :

      j’espère que ça va mieux avec ta Mint, moi, comme tu sais, je suis sur Ubuntu, version 12.04 (avril 2012), supportée pendant cinq ans (LTS, Long Term Support), ce qui veut dire qu’il me faudra mettre à niveau début 2017 soit vers la 14.04 (supportée jusqu’en 2019), soit vers la 16.04 (supportée jusqu’en 2021), je dis mettre à niveau, pas vraiment, réinstaller à neuf plutôt, et probablement la 16.04,

      • catse dit :

        suis avec la Mint 18 Sarah , j’aime la Mint 😉 oui c’est réinstallé , ce qui est long c’est de remettre les logiciels même si je sauvegarde une partie de mon « home »

        mais bon ce n’est pas un forum Ubuntu ta page ah ah

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *