la plage aux enfants échoués, deuxième partie

II.29

après avoir pris soin de Charlotte, Darsan lança une sonde en reconnaissance sous-marine, puis retourna sur la plage où il observa longuement les enfants qui roulaient sur le sable avant de se défaire, accroupi il attendit qu’un petit corps le frappe aux pieds, il le palpa, c’était bien de la chair, qui se dissolut sous ses doigts,
les singes reprenaient leur cueillette de fruits de mer, un à un ou par petits groupes, ils gardaient leur distance et lui lançaient des coups d’oeil furtifs, trois gros mâles firent quelques pas dans sa direction en reniflant et en branlant la tête, puis retournèrent vers les autres,
Darsan avait pris le temps de palper un autre cadavre, puis il s’était relevé et observait maintenant la mer comme s’il cherchait à percer son mystère, le soleil cognait dur, des oiseaux aux longues plumes colorées disputaient les fruits de mer aux singes,
«qu’est-ce qu’il fait ici, lui? c’est bien la première fois qu’il survole une planète depuis qu’il nous accompagne,»
c’était Charlotte, à mi-chemin de l’astronef et des vagues, pointant du doigt vers le fureteur de la mère LaGross qui luisait comme un point brillant très haut dans le ciel,
«tu te sens mieux?» lui demanda Darsan,
son ordi l’avait informé plus tôt de la présence du fureteur, les singes n’avaient pas l’air de l’avoir remarqué,
«oui, un peu,» dit-elle, faisant deux pas vers lui, mais se refusant à marcher jusqu’aux vagues, «ça veut dire quoi, ces enfants, Sand?»
il vint la rejoindre, la regarda attentivement, tantôt, dans l’astronef, une fois affalée sur le siège, elle avait presque perdu conscience, il l’avait attrapée juste à temps, sinon elle tombait par terre, il l’avait prise dans ses bras et l’avait transportée dans son holosuite, son holosuite à elle, Charlotte, il l’avait étendue sur son lit, elle s’était mise à pleurer à chaudes larmes, il s’était muni d’une compresse d’eau froide et la lui avait appliquée sur le front, elle avait graduellement cessé de pleurer, s’était essuyée les joues, s’était mouchée, il s’était assis sur le bord du lit, elle avait pris sa main dans la sienne, avait fermé les yeux, au bout d’un long moment il avait retiré sa main et s’était levé,
«je dors pas, tu sais,» avait-elle dit, sans ouvrir les yeux, «mais tu peux sortir,»
maintenant, sur la plage, il remarqua qu’elle avait chaussé ses espadrilles,
«je veux plus marcher pieds nus ici,» dit-elle,
«ça va mieux?» lui demanda-t-il à nouveau,
«oui, oui, ça va mieux,» répondit-elle d’un ton d’impatience, puis, plus doucement, «Sand, je veux partir d’ici,»
Darsan jeta un dernier coup d’oeil sur les vagues avant de retourner dans l’astronef avec Charlotte,
ils prirent place dans le poste de pilotage, Darsan rappela la sonde et exécuta les commandes de décollage,
«tu l’as envoyée dans l’eau? la sonde?»
Darsan fit signe que oui,
«je suis pas intéressée,» ajouta-t-elle, en balayant l’air de la main,
l’astronef s’éleva lentement, les singes gesticulèrent et glapirent en sautant sur place, d’autres bondirent vers les rochers, l’astronef accéléra, émergea de l’atmosphère et prit la direction de l’étoile, le fureteur à sa suite, Darsan se tourna vers Charlotte, elle savait ce qu’il voulait lui demander,
«j’entends rien, Sand,» dit-elle, «rien de particulier, je veux dire, juste la brume sonore,»
il calcula une trajectoire, l’astronef sauta en hyperespace, Charlotte fixait le vide, remarquant qu’il la regardait elle se tourna brusquement vers lui,
«quoi?» lança-t-elle,
il ne put réprimer un sourire, ce qui eut pour effet de la détendre, elle esquissa un petit sourire à son tour, mais son regard marquait toujours l’effroi et l’incompréhension,
«c’est juste que …» elle baissa les yeux, respira profondément, les releva, «j’aimerais tellement que ma Selsie soit ici avec moi, là, maintenant,»
«je peux pas vraiment la remplacer,» dit-il, après un moment de silence, «j’aurais aucune idée comment faire,»
elle éclata de rire,
«tu ferais pas une Selsie bien convaincante, mais écoute,» elle s’informa rapidement auprès de son ordi des ressources énergétiques de l’astronef, «j’ai une idée,»
«tu veux activer un hologramme interactif de ton amie?» lui demanda-t-il,
«comment t’as deviné? pas nécessaire de répondre, oui, tu veux bien? je prendrai pas trop de ressources, de toute façon l’astronef est à capacité maximale, ça paraîtra pas, ben, ça va paraître, mais ça sera pas dramatique, alors c’est okay?»
«je t’accorde jusqu’à 35 % des ressources,» dit-il, «ça te donne …»
elle le coupa net,
«une demi-heure, mon ordi a déjà tout calculé, 10 % c’est pas assez, 50 c’est trop, j’avais pensé 25, une vingtaine de minutes, tu m’en donnes 35, c’est parfait,»
elle se leva et se dirigea vers son holosuite, au moment où elle en activait l’ouverture Darsan se retourna,
«Charlotte, » dit-il, par-dessus son épaule, «les mères ne sont peut-être pas si folles que ça après tout,»
«tu penses?»
elle referma derrière elle, il revint à l’écran du poste de pilotage, s’assura que tout allait bien, puis prit connaissance des enregistrements de la sonde, celle-ci avait plongé dans la mer et avait longé les corps à rebours, descendant vers le fond, jusqu’à l’endroit où ils prenaient forme : des bulles apparaissaient de nulle part, s’aggloméraient, s’agglutinaient, s’agrégeaient, se gélifiaient, se modifiaient, se diversifiaient en teintes, en textures et en volumes jusqu’à composer un petit cadavre que le courant emportait,
Darsan se passa une main sur le front, regarda autour de lui comme s’il cherchait une explication, et décida que le mieux pour le moment était d’aller méditer dans son holosuite,

3 réponses à la plage aux enfants échoués, deuxième partie

  1. catse dit :

    ben bon sang ! c’est quoi ce fond marin qui si j’ai bien compris crée des cadavres , c’est ça ?
    t’en as des idées macabres …

    • Jean dit :

      ça sera expliqué plus tard …

      • Jean dit :

        en fait, beaucoup de ces questions qui sont laissées sans réponses seront élucidées soit en cours de route, soit, et surtout, quand Charlotte et Darsan auront complété leur exotrip et auront rejoint l’enfant métamorphe qui, lui, comme tout enfant curieux, et selon la forme qu’il prendra, voudra « savoir »,

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *